Se réconcilier, mais ne faut-il pas avant tout se décoloniser ?


Audio Son de tambour et chant

J’ai participé cette semaine aux festivités associées aux 10 ans de la Déclaration des droits sur les peuples autochtones de l’ONU qui se sont déroulées dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal. En tant que Québécoise (mes ancêtres issus de ma lignée maternelle, originaires des îles anglo-normandes, se sont établis sur le territoire ancestral des Kanienkeha’ka – les Mohawk – entre Montréal/Tio’tia:ke et le Vermont aux alentours de 1650 et l’habitent encore aujourd’hui) et anthropologue engagée intéressée par la décolonisation, j’avais beaucoup d’appréhensions. À mon grand étonnement, plusieurs se sont dissipées.

Les espaces dans lesquels nous étions réunis me sont apparus comme des espaces de décolonisation, aptes à susciter des moments de résurgence – la mise en pratique d’une réactualisation politique et culturelle des traditions autochtones. Je pense notamment au moment où Armand Mackenzie, avocat innu, nous racontait l’histoire de la lutte des peuples autochtones pour le recouvrement de leur souveraineté ou lorsque nous dansions tous ensemble sur le Quai Jacques-Cartier au son des musiques autochtones. Au cours de ces deux jours, de l’espoir a surgi en moi, en particulier quand je saisissais les opportunités qui émergeaient devant nous – Autochtones et non-Autochtones ou métissés. Je n’ai pas senti de cloisons ; nous étions tous ensemble dans un même espace.


Audio 1 Conférence d’Armand Mackenzie
Audio 2 Rencontre entre Ghislain Picard et Paul Martin
Audio 3 Conférence de presse du maire Coderre
Audio 4 Courts métrages du Wapikoni Mobile
Audio 5 Rencontre des jeunes autochtones et Rencontre sur la réconciliation

J’étais assise à la droite de Joe Delaronde, attaché politique auprès du Conseil de Kahnawá:ke, et nous échangions parfois des commentaires sur ce qui se déroulait devant nous. Lorsque Paul Martin, ancien Premier-ministre du Canada, et Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, se sont réunis sur la scène pour La rencontre des leaders, j’ai exprimé ma réticence. Monsieur Delaronde m’a dit : « don’t be bitter. »  Autrement dit, ouvre-toi aux opportunités qui se présentent. Cette rencontre fut très intéressante. J’en ai appris sur les Accords de Kelowna que l’ancien gouvernement Harper a fait immédiatement avorter quand il est entré en fonction. J’ai appris que les excuses de ce dernier pour les écoles résidentielles étaient l’aboutissement d’un long travail de concertation auquel a pris part le gouvernement antérieur. J’ai vu chez Paul Martin un homme engagé pour la réconciliation et chez Ghislain Picard un leader intarissable. Certains doutes se sont dissipés, mais de nouveaux sont nés. Serions-nous à un moment tournant de notre histoire ?

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a fait hisser un nouveau drapeau ornementé d’un pin blanc doré encerclé et a fait tomber l’honneur d’Amherst. En conférence de presse, il a souligné que le 375e de Montréal était l’occasion de rendre visible la richesse historique et contemporaine autochtone qui compose la ville et, en filigrane, de finalement honorer la Grande Paix de Montréal signée en 1701 par nos ancêtres.

Pour se réconcilier, il faut d’abord se décoloniser. Pour se déprendre de nos a priori et nos attitudes colonialistes, mais aussi racistes, il faut savoir d’où l’on vient pour comprendre comment notre famille a participé à la rencontre entre Autochtones et non-Autochtones.

Lorsque Paul Martin, Denis Coderre, Sophie Brochue, présidente de Gaz Métro, et Stéphane Leblanc, directeur exécutif de Rio Tinto, parlaient de réconciliation, ils parlaient aussi de la nécessité d’investir dans l’éducation. Je me demandais : « Vont-ils réellement investir dans l’éducation de leurs employés ? » C’est certainement un incontournable. J’avais en tête mon parcours et ceux de ceux dont j’ai été témoin ici et en Amérique latine. Pour se réconcilier, il faut d’abord se décoloniser. Pour se déprendre de nos a priori et nos attitudes colonialistes, mais aussi racistes, il faut savoir d’où l’on vient pour comprendre comment notre famille a participé à la rencontre entre Autochtones et non-Autochtones. Interroger nos grands-parents sur le parcours de nos ancêtres et leurs propres perceptions, c’est mettre en lumière une histoire peu connue, car celle dominante et transmise a été fabriquée à des fins politiques : éliminer la présence autochtone et dissocier les liens qui nous unissent afin de justifier par notre ignorance et reproduire dans nos comportements la dépossession des vies et des terres autochtones.

Il est temps que ça change et Montréal semble être sur la bonne voie en étant une des premières métropoles au Canada à reconnaître nos traités et les droits des peuples autochtones. Pour réellement dresser le chemin de la réconciliation, Montréal doit investir dans des activités suscitant la remise en question de l’histoire officielle et, surtout, investir dans des lieux communs de partage et de création. Cela ne saurait se faire si elle n’incite pas l’ensemble de ses citadins à y participer ou refuse de sacrifier son orgueil, et ce au-delà de 2017. Les Montréalais sont d’ailleurs conviés à participer au pow-wow urbain se tenant ce vendredi 15 septembre à l’Université McGill et, du 19 au 22 septembre, à MITIG — Semaine autochtone de l’Université de Montréal.


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