Réflexions sur la polysémie de l’Amour et de l’Amour comme utopie décoloniale

L’amour, aimer sans limites, sans normes, les faire éclater, j’y aspire. Un Amour, des amours décoloniaux

J’ai senti, il y a un moment déjà, que mes sentiments s’intensifiaient à l’égard d’un ami avec qui nous professions un poliamour, un amour sans possession et honnête. J’étais loin de le voir sans affection ni fluctuation. Je voulais écrire sur ma conception de l’amour ou, mieux dit, sur mes réflexions entourant l’Amour, ses dimensions, ses échelles, ses temporalités.

À cet ami, j’ai récité une phrase que m’avait partagée un de mes grands amours dans sa douce langue « je t’aimerai jusqu’au lever du jour ». Pourquoi ? Parce qu’au moment de l’embrasser je ressentais un amour intense. Il a figé. Il a eu peur. Il a pressenti que je voulais le posséder. J’étais loin d’y penser et cette simple idée m’étrangle… L’Amour est polysémique.

Au secondaire, on nous avait forcé la main pour suivre un cours de philosophie. Je voulais faire du sport, sortir dehors. Notre professeure nous avait demandé d’écrire un essai sur l’amour. Je voyais à ce moment-là l’amour comme une réaction chimique, explicable par la rencontre d’atomes, provoqué par des odeurs, sustenté par des phéromones. Je voyais l’amour passionnel. Je le vois encore comme ça. L’amour charnel, c’est aussi de l’amour, d’où cette douce déclaration…

Qu’on s’entende, je parle d’un amour qui dépasse les cadres familiaux et, jusqu’à une certaine limite, le cadre de l’amitié.

Aujourd’hui, pour moi, aimer, aimer profondément, c’est un processus qui souvent échoppe, mais qui parfois, heureusement, s’intensifie. Je comprends l’amour comme un sentiment variant dans sa longueur. Cette variation s’enchâsse à l’attirance que j’ai envers une personne (je dis une personne, car l’expansion de mes sentiments, de mon attirance ou de mon attachement n’est pas limitée à des catégories créées pour abolir notre liberté de femmes). Cette attirance s’intensifie dans l’abandon de soi, dans le dynamisme des rencontres. Aimer, comme processus, entre en jeu quand on est séduit par une facette, puis une autre et une autre de la personne avec qui l’on partage un peu plus nos temps libres. Plus je tombe sous le charme d’une personne et plus je tombe en amour avec des facettes de sa personnalité, plus mon estomac fait des acrobaties, plus je plane dans le nirvana quand je l’embrasse, plus notre rencontre s’intensifie et est appréciée. Il faut simplement se laisser inhaler.

Je ne pense pas à l’engagement quand ces sentiments se développent. L’engagement, je ne le lis pas à l’amour, du moins pas à un amour si récent. L’engagement que je prends dans mes relations, c’est d’être respectueuse, d’être honnête. Je ne confonds pas l’engagement à la possession ni associe l’amour qu’au couple.

Le poliamour, c’est quoi ? J’observe que chaque personne en a sa définition, une définition idéalement variable. Nos expériences et notre ouverture permettent d’imaginer cette utopie amoureuse. Qu’est-ce qui me fait sentir bien ? Comment se développe en moi ce sentiment ? Comment vois-je mon avenir ? Mon utopie, c’est cette relation où je tombe amoureuse de l’ensemble des facettes d’une personne, c’est cette relation où je fais partie d’une équipe, d’un duo. Une relation pilier entre deux personnes qui se respectent, qui s’amusent et qui se renforcent mutuellement. Poliamoureuse, parce que l’amour fluctue, parce que notre cœur n’est pas exclusif. Ça demeure une utopie : une réflexion en cours et un chemin sinueux.

Je veux être claire. C’est une utopie, pas une obsession… Je suis heureuse avec mes projets, mes amitiés et ma famille. Quand je rencontre quelqu’un(e), je pense à la rencontre immédiate, au plaisir, au bonheur qu’elle nous procure. Cette personne, je veux la revoir parce que je suis bien avec elle. Le « déclic », je ne sais pas quand il se fait, je ne l’attends pas. Je vis la transformation de mes sentiments. S’ils sont éphémères, ils sont éphémères, c’est la vie. Je n’ai pas d’attentes. J’apprends simplement à connaître une personne et je profite de nos instants de bonheur partagés.

Je comprends que je dois d’abord m’aimer, être là pour moi. Aimer ce n’est pas s’oublier ou disparaître. Depuis, mes relations sont saines, honnêtes et plaisantes. Je ne fais pas de sacrifices pour quelqu’un(e) que je connais à peine, comme quelqu’un d’hétéronormatif et monogame me l’a récemment demandé. Comment, déjà le premier jour ?! Adios. L’idée d’être limitée, de perdre ma liberté et d’être malheureuse m’éteint. Comme quoi que chacun(e) en a une conception propre qui peut malheureusement se faire limitante.

À mon avis, il faut la décloisonner, la décoloniser pour en arriver à une conception qui corresponde mieux à qui l’on est vraiment, à notre cœur et à nos besoins. Si un sentiment m’incommode, comme la jalousie, je l’analyse, je le déconstruis et je le transforme dans mes pensées, dans mes attitudes et dans mes actions pour mieux profiter de mes rencontres. L’humain a cette capacité d’être réflexif et d’adopter une pratique transformatrice dans son quotidien. Alors, pourquoi pas nous servir de ce si précieux cerveau pour créer, au fil de nos rencontres, expériences et réflexions, notre utopie afin de tendre vers le bonheur ?

Pour poursuivre la réflexion, je vous invite à lire I am Woman de la merveilleuse Lee Maracle qui vient déconstruire et décloisonner notre rapport à l’amour et au sexe.

– Stéphanie Vé

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