“Notre” Centre-Sud. Regard historique sur la transformation de ce quartier populaire montréalais

J’ai décidé d’explorer notre ancien quartier: le Centre-Sud. Quand je dis « le nôtre », c’est que ma famille – les Jauvin-Rousselle – louait sur la rue Dorion entre les années 1920 et 1970. Je peux aussi dire « nôtre », car je suis “re”tournée y vivre en 2008 sans connaître l’histoire qui m’y attachait. Le Centre-Sud a été le premier Faubourg à être construit à l’extérieur des fortifications et ses premiers édifices fûrent érigés à la fin du 19e siècle.

Ma famille y est entrée en pleine crise économique en provenance de Roussillon et de la frontière avec le Vermont (pour ne pas dire en territoire ancestral kanien’kehá:ka). Mon arrière-grand-mère, Florida, distribuait des pamphlets de l’Oratoire Saint-Joseph pour arrondir leurs fins de mois, alors que son père, George, devait mendier sur la Main. Les autres travaillaient au port et dans les manufactures (de cigarettes, de sucre, de bière) appartenant à l’élite coloniale anglo-saxonne ou trouvaient parfois des jobines dans les mines du Nord.

À la fin des années 1940, quand le gouvernement du Québec offrait des maisons et des terres pour coloniser l’Abitibi, ils avaient tenté de s’échapper du quartier et de sa misère. La maison de mes arrières-grands-parents a toutefois brûlé (2 enfants y sont restés) et ils ont dû rebrousser chemin.

Ils en sont finalement sortis en pleine crise d’octobre. Une période qui est marquée par une désindustrialisation (avec le transfert du port plus à l’est), des expropriations pour l’autoroute Ville-Marie et un énorme incendie en 1974. Le quartier plonga toujours plus dans la pauvreté. Selon la mémoire de ma grand-mère, ils seraient partis pour fuir la délinquance et obtenir de meilleures conditions de vie pour leurs enfants à Châteauguay-Station.

Pour un aperçu de l’histoire du lieu, je vous invite à visionner Au bout de ma rue réalisé par Carrier en 1958 en collaboration avec l’ONF.

Comme Parc-Extension, le quartier Centre-Sud a changé depuis. Il n’est plus ce quartier d’ouvriers canadien-français issus des campagnes. Il a vécu plusieurs processus influençant sa démographie (p.ex.: l’embourgeoisement) amenant la construction au sud de sièges sociaux, l’installation à l’est du “village gai” et, plus récemment, l’expansion du Quartier des spectacles à l’ouest.

De mon vécu, je me rappelle d’un quartier dur: c’est là où on achète sa première drogue forte, où on consomme le et du sexe, où on se fait avorter, où on mendie, où on se fait briser sa vitre de char en pleine nuit à -30°C, où on évacue nos tensions (comme aux Foufounes Électriques où la bière varie de 1$ à 3,50$ et où j’ai passé ma soirée comme en démontrent les clichés). Tout cela est encore d’actualité (la rencontre de “deux” groupes socioéconomiques), ce qui donne lieu à des expériences contrastées et à des situations parfois cocasses. Je reste bizarrement très mitigée par rapport à ce processus de revitalisation/d’embourgeoisement qui y a cours. À discerner un bien d’un mal.

– TRA

Sources: ONF + http://basdelacote.net + tradition orale (ma grand-mère Hélène, ma mère Diane, Jean-Baptiste + Carolina) + archives généalogiques + expériences et observations personnelles

Audio + photos: 11 au 12 juillet 2017; 22h-2h; Centre-Sud, Tio’tia:ke. Pour des informations techniques, voir @syrduav sur archive.org (audio) et Flickr (photos).

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